La peinture en liberté

Claude Lorent in la Libre Belgique, 30 5 2006

 

Invitée de la Galerie Bortier à Bruxelles, Léopoldine Roux l'habite d'interventions chromatiques.

Les fontaines de Bruxelles en rose pendant le festival Maïs, c'était elle. Les peintures sur roulettes, les chewing-gums peints en rose sur les trottoirs, les taches de couleurs sur papier, le mobilier en couleurs dans l'environnement de Recyclart, les oiseaux au défunt Comptoir du nylon et bien d'autres propositions comme cet espace au caractère ludique au Centre de la Tapisserie à Tournai, c'était elle aussi. Faut-il ajouter qu'elle a le sens créatif débordant?

Beaucoup plus important: elle réfléchit la peinture et la conduit là où elle n'avait pas encore posé ses couleurs. Léopoldine Roux - qui a déjà très bien circonscrit la sphère de son travail: la peinture, en faisant chanter les couleurs avec audace - ne cesse de créer en expérimentant, en poussant toujours plus avant le questionnement éternel sur les formes et les couleurs, sur l'espace, sur le tableau en tant qu'objet peint, sur la relation de la peinture aux trois dimensions.

En répondant à ces interrogations par l'artefact, elle se conduit en chercheuse qui propose sans cesse des réponses, explore des pistes, multiplie les essais. Elle sort la peinture de son carcan tout en restant pleinement dans l'acte pictural. Et là, elle se distingue fondamentalement des discours qui placent la peinture là où elle n'est pas et apporte la preuve que son actualité n'est pas un vain mot en pleine correspondance avec la sensibilité actuelle.

Qu'il s'agisse des tableaux superposés, des oeuvres au sol, des associations, Léopoldine Roux s'exprime avant tout sur le plan pictural tout en choisissant, par ses options chromatiques, un registre agréable, vif, lumineux, jeune et plein d'une énergie porteuse. Cette association entre un état d'esprit foncièrement positif et heureux plus que joyeux, et l'engagement créatif sans cesse renouvelé, propulse l'oeuvre dans une sphère à laquelle on a envie d'adhérer. Novatrices, ses oeuvres le sont un peu comme s'il s'agissait d'un jeu dans lequel chaque pièce doit trouver sa personnalité tout en appartenant à une grande famille très diversifiée. La raison: c'est une unité de pensée qui sous-tend tout ce travail beaucoup plus réfléchi qu'il n'en a peut-être l'air. Pas besoin d'insister davantage, c'est à voir.

© La Libre Belgique 2006

 

ww.






close the window