L’aléatoire comme
expérimentation
par
Frédérique Margraff In catalogue du
diaphane et de l’illusion,
iselp 2003
Le travail pictural de Léopoldine
Roux bouscule toutes les idées reçues sur la peinture :
il se base sur l’expérimentation fondamentale et explore
les potentialités de désagrégation de principes
bien établis. Lorsque l’on rentre dans l’atelier
de l’artiste, on sent immédiatement que sa création
se situe en grande partie dans le temps passé en ce lieu où toutes
les expériences relèvent du possible.
Maîtriser l’aléatoire,
tenter d’en cerner les limites, utiliser la reproduction d’un
geste à l’infini pour observer ensuite les variables illimitées
résultant de ce geste sur le papier. Donner un corps à la
peinture, lui permettre de s’étaler dans l’espace,
de déborder des structures d’accrochage qui lui sont généralement
dévolues.
Traiter les surfaces planes comme des
volumes, mais aussi les mettre en équilibre au niveau temporel,
les intégrer en un temps suspendu, non figé. S’émerveiller
devant les tensions du papier, sa respiration, ses tiraillements après
déversement de la même quantité de peinture à chaque
fois.
Chaque peinture a un temps, un espace
qui lui est dévolu. Il suffit d’observer la vidéo
projetée dans le cadre de l’exposition pour s’en rendre
compte : des taches de couleur naissent et meurent tour à tour
sur la surface vierge du mur, elles se fondent et s’enchaînent
sans se heurter, occupant chacune un temps et un espace propre. Les taches
se diluent dans l’espace en des formes aléatoires comme
autant de signes, de traces du passage de la peinture sur le support,
donnant vie à un univers précaire de figures indéfinies. « Cosmic
trip » s’apparente à un monde organique de l’ordre
de la molécule que l’on observerait à l’aide
d’un microscope. On a presque l’impression que ces taches
de couleur translucides représentent des micro-organismes vivants
qui vont se mouvoir sous nos yeux.
Les livres de l’artiste relèvent
du même processus : le déversement sur la surface de
l’ouvrage d’une quantité toujours identique (un millilitre)
de peinture suivie de l’observation du résultat obtenu.
Les taches se révèlent complètement différentes
d’une page à l’autre de l’ouvrage et proposent
une vraie « lecture » à la fois visuelle
et tactile. Une lecture qui stimule l’imagination et induit une
réflexion sur le caractère délibéré d’une
démarche explorant l’aléatoire.
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